Elinore et Lou Siminovitch
Feu Elinore Siminovitch n'a jamais vécu dans l'ombre de quiconque. Elle ne s'y est jamais reposée un seul jour de sa vie. Ceux qui la connaissaient vraiment n'en doutent pas, même s'ils savent que personne ne jetait d'ombre plus longue que son mari, Lou Siminovitch, géant du domaine de la science médicale du 20e siècle.
Mme Siminovitch a choisi une vie plus discrète, remplie de lectures inoubliables, de théâtre immortel et de réflexion aussi profonde et critique que créative : une vie riche dont elle a choisi le tracé et qu'elle a réussi sans concessions de sa part.
Dire qu'il n'existerait pas de Prix Elinore et Lou Siminovitch de théâtre sans Elinore est un truisme. D'abord, son mari se refusait à prêter son nom sans inclure celui de son épouse. Ensuite, même si l'amour du théâtre était cultivé chez eux deux en proportions égales, il reste qu'Elinore se sentait tout particulièrement chez elle dans ce monde qu'elle comprenait avec le cœur aussi bien qu'avec l'esprit.
À un niveau des plus symboliques, le mariage d'Elinore et de Lou Siminovitch - histoire d'amour et d'amitié de toute une vie - était aussi une union de l'art et de la science, cristallisation non pas de la coexistance, mais de la symbiose de l'un et de l'autre, où l'artiste et le scientifique se nourissaient l'un l'autre.
En tant que chercheur, Louis Siminovitch a contribué à la découverte des causes génétiques de la dystrophie musculaire et de la fibrose kystique, et a grandement contribué à une meilleure connaissance de la génétique humaine et du cancer.
M. Siminovitch a joué un rôle primordial dans la mise sur pied et l'expansion des trois centres les plus remarquables en recherche médicale au Canada. Il a enseigné la biophysique médicale à l'Université de Toronto, avant d'en occuper les chaires de biophysique médicale et de génétique médicale. En tant que professeur, il a formé et influencé la pensée d'au moins deux générations de chercheurs biomédicaux canadiens, et sa réputation de mentor n'est plus à faire. Reconnu par ses pairs, il s'est vu décerner la médaille d'or Flavelle de la Société royale du Canada et le prix Wightman de la Fondation Gairdner. Reconnu également par son pays, il est devenu officier, puis compagnon de l'Ordre du Canada.
C'est quand elle eut atteint la trentaine avancée qu'Elinore décida que ses trois filles étaient assez âgées pour voler de leurs propres ailes. Elle se tourna alors vers le métier de dramaturge. Elle écrivit près de 30 pièces de théâtre traitant presque toutes de questions sociopolitiques vues d'un œil féministe. Comme on pouvait s'y attendre, bon nombre de ces pièces sont inspirées de la vie de femmes remarquables mais oubliées par l'histoire.
Certaines pièces ont été mises en scène dans des écoles secondaires et des universités, et le sont encore. Cependant, à son grand chagrin, Elinore Siminovitch n'a jamais connu de vrai succès. «Ma mère écrivait pour le plaisir d'écrire, raconte sa deuxième fille, Kathy Siminovitch, dans un court mémoire, non pas pour la gloire. Cependant, comme tout artiste, elle aurait aimé voir ses pièces prendre vie.»
C'est pourquoi, d'après Kathy, sa mère «aurait été enchantée non seulement de voir l'excellence dramaturgique reconnue, mais aussi les dramaturges débutants appuyés et leurs œuvres montrées au grand public.»
L'une des choses qu'Elinore Siminovitch comprenait avec le cœur et l'esprit, c'est que ceux qui choisissent la dramaturgie choisissent aussi un travail ingrat, peu rémunérateur et peu reconnu, alors qu'ils méritent beaucoup plus. C'est ce que le Prix Elinore et Lou Siminovitch de théâtre incarne : «un prix, dit Kathy, à l'image des idéaux de mes parents.»
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